updated 9:44 AM CEST, May 9, 2017

« Elle a tué pour ne pas mourir »

Condamnée en première instance à une peine de dix ans de prison pour l’assassinat de son mari, Jacqueline Sauvage qui a vécu pendant quarante-sept ans auprès de cet homme violent, est devenue une sombre référence en France. Son récit glaçant avait rappelé à quel point la famille pouvait être un lieu d’extrême violence. Jugée en appel, cette femme de 66 ans, soutenue par ses filles, elles-mêmes victimes de leur père et par de nombreuses féministes, est défendue par deux avocates spécialistes des violences conjugales qui veulent faire de ce nouveau procès un symbole. 

Cette femme « qui a appris à avoir les yeux secs » selon les mots de son avocat d’alors a vécu un enfer pendant près d’un demi-siècle. Et si elle n’a pas convaincu les jurés en octobre 2014 peut-être en raison de son apparente froideur, elle espère obtenir un verdict plus clément en appel. Ses filles, elles aussi victimes de la violence paternelle (deux d’entre elles ont été violées et la troisième a subi des attouchements) avaient estimé que la peine de dix ans de prison infligée à leur mère constituait « une nouvelle injustice ». Pourtant au regard du code pénal français, elle risquait la perpétuité pour le meurtre de son mari.

Les associations de défense des femmes ont vu dans ce verdict un message d’impunité donné aux conjoints violents. Face à ce genre de décision, elles militent pour une redéfinition de la légitime défense afin que les femmes victimes de violence conjugales puissent bénéficier de la présomption comme c’est le cas au Canada. En France, la légitime défense ne s’applique pas lorsqu’une femme se fait attaquer quotidiennement au sein de son propre foyer. Elle encaisse jusqu’au jour où elle porte un coup d’arrêt à ses années de souffrance. Et le nombre de femmes battues qui tuent leur mari chaque année est plus élevé qu’on ne pense. Elles seraient une dizaine en France. Les associations ont beau réclamer une meilleure formation des policiers, des magistrat-e-s et des professionnel-le-s de la santé, chaque année ces drames se répètent.

On se souvient pourtant du verdict de la cour d'assises du Nord qui avait suivi les réquisitions jugées atypiques de l'avocat général et avait acquitté Alexandra Lange, une femme victime qui avait tué son mari, en 2009 lors d'une dispute conjugale. A l’issue du procès, ses avocates, Mes Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, avaient estimé que l'arrêt de la cour "marquerait" et qu’il servirait « le combat contre les violences faites aux femmes ». Ce sont elles qui défendent Jacqueline Sauvage en appel. Pour Me Bonaggiunta , « elle a tué pour ne pas mourir » et l’avocate plaidera « l'instinct de survie ».