updated 6:42 PM CET, Dec 5, 2016

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Salope!, l'expo

L’Université Libre de Belgique vient de proposer une exposition consacrée au mot « Salope ! ». Chargé de sens divers, il recouvre une histoire des pratiques sociales, culturelles et des représentations, des fantasmes centrés autour de la violence verbale sexiste. De Marie-Antoinette à Christiane Taubira, huit femmes qui ont cristallisé cette violence ont été ainsi choisies par les artistes pour traduire un sexisme enraciné et dévastateur. Le Cercle féministe de l’ULB nous a servi de guide.

À travers le mot salope, l’exposition retrace une certaine vision de l’histoire des femmes et des représentations qui leur sont traditionnellement attachées, de la maman à la putain, de l’amazone à la Femen, de Gervaise à Nabila, de Marie-Antoinette à Margaret Thatcher. Au cœur de ce projet, il  y a l’idée de questionner les stéréotypes liés au sexe, à la classe et à la race préalables à la formation des insultes mais également de comprendre comment une parole violente, agressive circule et est distribuée ou détournée dans une société. Pour Charlotte Casier, présidente du Cercle féministe de l’ULB, la démarche a le mérite « de mettre en lumière une forme de violence (verbale) sur les femmes dont peu de personne saisissent l'ampleur et ainsi sensibiliser les visiteurs-euses sur le sexisme ambiant ».

L’insulte comme baromètre des normes acceptables en vigueur dans une société est ainsi expliquée au public : d’un point de vue scientifique (sous la forme d’installations reprenant des listes d’insultes et de panneaux historiques sur certains évènements marquants liés à l’histoire des femmes et de leurs prises de paroles publiques) ; selon une approche éducative avec un parcours pour comprendre les mécanismes psychiques et sociaux qui président à l’insulte ; et enfin du point de vue d’artistes et plasticiennes interrogeront en miroir, en transgression, en réponse les questions de la violence, du féminin et des tabous. Klara Berteaux, du Cercle féministe de l’ULB a apprécié le travail de ces « artistes qui interrogeaient la féminité, surtout (au travers) de mises en scène d'homme dans des postures stéréotypées féminines » qui selon elle « a apparemment beaucoup choqué des étudiants de secondaire ». Quant au choix de Nabila, Klara Berteaux le trouve courageux.

Autre initiative marquante de l’expo, « ce mur sur lequel on pouvait inscrire les insultes qu'on a déjà reçues était très intéressant », comme le souligne encore Klara Berteaux qui estime « qu'il permettait un petit défoulement et de se décharger de quelque chose de pas si léger que ça en fait ». Une autre installation a retenu son attention, le lit en plumes de céramique blanche qui selon son avis « apportait beaucoup de profondeur car le lit c’est l'intime, les relations, les chagrins, avant on accouchait dans son lit, là où on rêve et cauchemarde… et puis la robe faite de cheveux était terrible aussi : finalement les cheveux d'une femme font partie de sa féminité, la robe aussi, alors fusionner les deux, selon moi c'est du génie ».

Les femmes peuvent-elles se réapproprier l’insulte ? Peuvent-elles la détourner ? Pour Charlotte Casier, « ce n’était pas vraiment l'objectif de l'exposition, il s'agissait plutôt de déconstruire ces propos. Après, ça n'empêche pas que l'expo peut amener certaines femmes à revendiquer cette insulte par la suite ». Installer ce type d’exposition au cœur d’un campus est stratégique car il permet de viser un public encore jeune aux ravages de la violence des discours sexistes. Il ne reste qu’à souhaiter que ce genre d’initiative se dissémine un peu partout.


Canada, la "tragédie nationale"

A peine élu, le Premier ministre canadien Justin Trudeau ordonne une enquête nationale pour élucider les meurtres et disparitions de plus d’un millier de femmes autochtones survenus ces dernières années. Celles-ci constituent 4% des femmes et 16% des femmes assassinées au Canada. Familles et associations reprennent espoir.

C’était une promesse de campagne mais en tant que telle, rien n’était moins sûr qu’elle fut appliquée en cas de victoire aux élections. Pourtant Justin Trudeau vient d’annoncer que l’enquête réclamée depuis des années par les familles de disparues ou tuées allait voir le jour. Symboliquement, c’est devant l'Assemblée des Premières Nations, l’organisation nationale de défense des intérêts qui représente les citoyen-ne-s des 634 communautés (ou réserves) soit plus de 900 000 personnes, que le Premier ministre a choisi de s’exprimer. Le terme « Premières Nations » désigne l'un des trois groupes distincts reconnus en tant qu'« autochtone » dans la Loi constitutionnelle de 1982. Les deux autres groupes « autochtones » sont les Métis et les Inuits.

Ainsi l’enquête s’articulera en deux phases : d’abord une phase dite de conception de deux mois à l'écoute des familles des disparues ou assassinées, élargie ensuite aux organisations autochtones, puis dans un second temps une commission d'enquête à proprement parler devrait être active dès le printemps 2016. Rompant avec la fin de non-recevoir du gouvernement conservateur précédent de Stephen Harper, qui estimait que les enquêtes policières en cours étaient suffisantes, le nouvel exécutif en place octroie plus de moyens à la justice et la police pour enfin donner des réponses aux familles. « Cette enquête est une priorité de notre gouvernement, parce que celles qui ont été victimes de cette tragédie nationale ont attendu assez longtemps. Les victimes méritent qu’on leur fasse justice et leurs familles ont une opportunité de guérir et de se faire entendre » a déclaré Justin Trudeau.

« Tragédie nationale » est le terme désormais employé pour qualifier ces meurtres et disparitions de femmes. La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, demande qu’on y apporte une « réponse nationale ». Ce gouvernement qui s’engage a une obligation de résultats. Ce qu’ espérent au minimum les féministes c’est qu’une explication soit trouvée sur les causes de cette violence faite aux femmes autochtones.

Photo DR

« Elle a tué pour ne pas mourir »

Condamnée en première instance à une peine de dix ans de prison pour l’assassinat de son mari, Jacqueline Sauvage qui a vécu pendant quarante-sept ans auprès de cet homme violent, est devenue une sombre référence en France. Son récit glaçant avait rappelé à quel point la famille pouvait être un lieu d’extrême violence. Jugée en appel, cette femme de 66 ans, soutenue par ses filles, elles-mêmes victimes de leur père et par de nombreuses féministes, est défendue par deux avocates spécialistes des violences conjugales qui veulent faire de ce nouveau procès un symbole. 

Cette femme « qui a appris à avoir les yeux secs » selon les mots de son avocat d’alors a vécu un enfer pendant près d’un demi-siècle. Et si elle n’a pas convaincu les jurés en octobre 2014 peut-être en raison de son apparente froideur, elle espère obtenir un verdict plus clément en appel. Ses filles, elles aussi victimes de la violence paternelle (deux d’entre elles ont été violées et la troisième a subi des attouchements) avaient estimé que la peine de dix ans de prison infligée à leur mère constituait « une nouvelle injustice ». Pourtant au regard du code pénal français, elle risquait la perpétuité pour le meurtre de son mari.

Les associations de défense des femmes ont vu dans ce verdict un message d’impunité donné aux conjoints violents. Face à ce genre de décision, elles militent pour une redéfinition de la légitime défense afin que les femmes victimes de violence conjugales puissent bénéficier de la présomption comme c’est le cas au Canada. En France, la légitime défense ne s’applique pas lorsqu’une femme se fait attaquer quotidiennement au sein de son propre foyer. Elle encaisse jusqu’au jour où elle porte un coup d’arrêt à ses années de souffrance. Et le nombre de femmes battues qui tuent leur mari chaque année est plus élevé qu’on ne pense. Elles seraient une dizaine en France. Les associations ont beau réclamer une meilleure formation des policiers, des magistrat-e-s et des professionnel-le-s de la santé, chaque année ces drames se répètent.

On se souvient pourtant du verdict de la cour d'assises du Nord qui avait suivi les réquisitions jugées atypiques de l'avocat général et avait acquitté Alexandra Lange, une femme victime qui avait tué son mari, en 2009 lors d'une dispute conjugale. A l’issue du procès, ses avocates, Mes Janine Bonaggiunta et Nathalie Tomasini, avaient estimé que l'arrêt de la cour "marquerait" et qu’il servirait « le combat contre les violences faites aux femmes ». Ce sont elles qui défendent Jacqueline Sauvage en appel. Pour Me Bonaggiunta , « elle a tué pour ne pas mourir » et l’avocate plaidera « l'instinct de survie ».

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