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Une pétition pour l'égalité salariale

15-12-2015  - avatar

Force est de constater que le nouveau Conseil fédéral ne montre pas l’exemple en matière de représentation homme/femme et reste en retrait en matière d’égalité salariale. Sa proposition, actuellement en...

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Annick Blavier, une œuvre engagée

27-06-2017 Hélène Upjohn - avatar Hélène Upjohn

Il y a du mystère dans les collages d’Annick Blavier, les déchirures, les fragments, les situations que l’on ne voit pas en entier, les citations qui ont perdu leur auteur.e..Pourtant...

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Genre&Féminismes

Une pilule pour doper la libido féminine…

10-12-2015  - avatar

Les sociétés pharmaceutiques rivalisent d'ardeur pour mettre sur le marché une pilule qui stimulerait le désir sexuel chez les femmes. Sprout Pharmaceuticals a déjà obtenu le feu vert pour la...

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Viol : Ni silence ni pardon

A l'occasion du débat qui s'est tenu début septembre à Genève pour la présentation du livre "Ni silence ni pardon. L'inceste: un viol institué", co-écrit par Jeanne Cordelier et Mélusine Vertelune, l'une des auteures a accepté de revenir en détail sur certains aspects de son témoignage sans concession, sur l'inceste qu'elle a subi et sur les violences sexuelles en général. Rappelons que près de 25% des filles subissent une expérience à caractère sexuel avant l'âge de 13 ans, que les deux tiers des victimes d'agressions sexuelles ont moins de 18 ans. Dans 98% des cas, l'agresseur est un homme. L'association Viol-Secours qui a organisé le débat donne également son point de vue sur ces questions.


l'émiliE: Qu'est-ce qui vous a fait rompre le silence?

Mélusine : En me libérant du déni, j'ai vite compris que presque tous les aspects ma vie avaient, jusqu'à ce moment là, été gâchés par ma vulnérabilité vis à vis des gens toxiques, de part leur sadisme et/ou leur lâcheté. J'ai compris que cette vulnérabilité était le résultat du traumatisme produit par l'inceste dont j'étais la victime. J'ai réalisé que pour mettre un terme à cette emprise, pour que les gens toxiques ne puissent plus gâchée ma vie, il fallait que je les identifie et que je cesse de supporter leur présence. Face à la révélation de l'inceste, les gens montrent leur véritable visage. Révéler les viols que mon frère m'a fait subir m'a permis de choisir enfin avec qui maintenir des relations et avec qui rompre la relation. Tant que les membres de l'entourage commun d'une victime et de son agresseur sont dans l'ignorance, l'agresseur exerce un pouvoir sur ces personnes. Il peut se faire passer pour quelqu'un de bien et avoir de l'influence sur la façon dont ces personnes se positionnent vis-à-vis de la victime. Elles ne sont libres de choisir leurs camps entre la victime et l'agresseur que si elles connaissent les faits. Une victime d'inceste qui brise la loi du silence reprend le contrôle de son existence, cette existence qui lui a été, jusque là, confisquée au nom de la «cohésion familiale».

Vous démontez quelques clichés (les agresseurs sont malades, ont des pulsions, ont eux-mêmes subi des violences sexuelles). D'où viennent-ils?
Mélusine : Ces clichés viennent principalement de la propagande patriarcale qui est diffusée depuis des siècles par les religions, les État, la prostitution, les chansons dites «paillardes», les médias, la publicité, la pornographie, etc… Ils sont notamment repris dans les discours des agresseurs et de leurs allié-e-s, afin de défendre leurs privilèges et de maintenir leur impunité en minimisant leur degré de culpabilité et en inversant les rôles, en particulier dans le cadre des procédures pénales par la voix de leurs avocats.

Viol-Secours : Le système social actuel, qui est un système (hétéro)sexiste, raciste et de classe, produit les clichés sur les violences sexuelles, sur les agresseurs mais aussi sur les victimes (par exemple qu’une personne victime l’aurait cherché). Un des mythes qui consiste à dire que si les hommes violent, c’est parce qu’ils ont des pulsions sexuelles et qu’ils ne peuvent donc pas se contrôler repose sur une représentation biologique ou naturelle de la sexualité et de la violence. Or, le comportement d’un père, d’un frère ou d’un ami violeurs est un comportement produit par une éducation sexiste, qui apprend aux hommes davantage qu’aux femmes à avoir, maîtriser et garder du pouvoir. Mais ce n’est pas uniquement l’exercice du pouvoir que les hommes apprennent : le système social actuel apprend aux hommes à en exercer sur les femmes et sur d’autres groupes minorisés ainsi qu’à en tirer du profit, en somme à exercer la domination. Les clichés comme celui-ci permettent d’éviter de voir que les violences sexuelles sont inhérentes au système social inégalitaire et qu’elles ont une fonction dans ce système, celui de perpétuer la domination masculine. Les clichés viennent dès lors de la solidarité de classe, de race et de sexe socialement construite qui permet d’assurer le maintien de la domination.

Pourquoi la honte est-elle le fait de la victime et pas de l'agresseur?
Mélusine : Le sentiment de culpabilité éprouvé par la victime est le produit de l'emprise que l'agresseur exerce sur elle. Avant même de commencer à l'agresser sexuellement, il la manipule et entrave son autonomie psychique en l'isolant, en l'humiliant et en l'enfermant dans la confusion et la terreur. Dès qu'il commence à l'agresser sexuellement il s'efforce de la persuader qu'elle est coupable et complice de ce qu'il lui fait subir. De plus, ce sentiment de culpabilité éprouvé par les victimes est vivement renforcé par les mêmes représentations misogynes et phallocrates que celles qui visent à déculpabiliser les agresseurs.

Viol-Secours : Les mythes véhiculés sur les violences sexuelles dont on parlait à l’instant participent à maintenir la honte du côté des femmes victimes plutôt que du côté des hommes agresseurs. Par exemple, prenons l’idée particulièrement répandue selon laquelle une femme, lorsqu’elle a été violée, aurait fait quelque chose pour que l’agresseur s’en prenne à elle. Cette idée véhiculée notamment par les médias ou l’entourage participe à culpabiliser la victime. Elle lui dit : «tu n’aurais pas dû faire ceci, ou cela » ou «c’est parce que tu as fait cela qu’il t’a violée». Or, celui qui n’aurait pas dû est l’agresseur ; il ne devait pas violer. Ce type de représentations inverse les rôles entre l’agresseur et la victime. Elle fait porter la responsabilité de l’agression à la victime plutôt qu’à l’agresseur, sous-entend une part de consentement de la victime, et minimise l’agression.
Tant que les femmes agressées ne seront pas entendues, crues et non pas sous le coup de la suspicion comme c’est le cas actuellement avec ce genre d’idée reçues, la honte ne sera jamais le fait de l’agresseur.

Comment expliquer la complicité que peut avoir l'entourage vis-à-vis des violeurs? Et la société?
Mélusine : La plupart des gens ont moins d'empathie pour les femmes que pour les hommes et la plupart des gens ont moins d'empathie pour les enfants que pour les adultes. Alors peu de gens ont vraiment de l'empathie pour les petites filles... Actuellement en France, un enfant sur 24 est victime d'inceste. Parmi ces enfants, 7 sur 10 sont des petites filles dont l'agresseur est un homme. D'autre part, beaucoup de gens se réjouissent de la souffrance infligée aux victimes de ceux auxquels ils s'identifient.
Plus nombreux encore sont les lâches qui préfèrent faire semblant de ne rien voir et de ne rien savoir. Nous survivons dans un système fondé sur la suprématie masculine, avec des codes, des règles et une idéologie qui infantilisent les femmes, féminisent les enfants, chosifient les femmes et les enfants. Voici une citation d'Andrea Dworkin, tirée de son livre Les femmes de droite. Cette citation est malheureusement encore très réaliste en ce qui concerne le sort des femmes adultes et peut largement être appliquée aux enfants victimes de l'inceste : «Les témoignages portant sur le viol, les coups du mari, la grossesse imposée, la boucherie médicale, le meurtre à motivation sexuelle, la prostitution, les mutilations physiques, la violence psychologique sadiques et d'autres éléments courants du vécu des femmes, qu'ils soient excavés du passé ou relatés par des survivantes contemporaines, devraient nous laisser le cœur marqué, l'esprit angoissé, la conscience bouleversée. Mais ce n'est pas le cas. Si nombreux que soient ces récits, quelque soit leur clarté ou leur éloquence, leur amertume ou leur désolation, on pourrait aussi bien les murmurer au vent ou les écrire sur le sable : ils disparaissent comme si de rien n'était. On fait la sourde oreille ; les voix et les histoires suscitent des menaces et sont rejetées dans le silence ou détruites ; le vécu de souffrance des femmes est enseveli dans le mépris et l'invisibilité culturelle. Comme le témoignage des femmes n'est pas et ne peut pas être corroboré par le témoignage d'homme ayant vécu les mêmes événements et leur accordant le même poids, il y a occultation de la réalité même de cette violence, malgré son omniprésence et sa constance accablante. Cette réalité devient occultée par les transactions de la vie quotidienne, occultée par les livres d'histoire, par omission, et occultée par les gens qui se prétendent sensibles à la souffrance mais sont aveugles à cette souffrance-là. Le dilemme, pour dire les choses simplement, tient à ce que l'on doit croire en l'existence de quelqu'un avant de reconnaître l'authenticité de sa souffrance. Ni les hommes, ni les femmes ne croient en l'existence des femmes comme êtres douées d'importance. On ne peut tenir pour réelle la souffrance de quelqu'un qui, par définition, n'a aucun droit reconnu à la dignité ou à la liberté, quelqu'un que l'on perçoit, en fait, comme quelque chose, un objet ou une absence. Et si une femme, une individue et des milliards avec elle, ne croie pas en sa propre existence et ne peut donc valider l'authenticité de sa souffrance, cette femme se voit effacée, oblitérée, et le sens de sa vie, quel qu'il soit, quel qu'il aurait pu être, est perdu. Cette perte ne peut être calculée ou pris en compte. Elle est immense, terrible, et rien ne pourra jamais la compenser.»

Viol-Secours : Dans la grande majorité des agressions sexuelles, l’agresseur est une personne connue de la victime. Il peut être un membre de la famille, un ami de la famille, un voisin ou encore un petit ami, un ex-petit ami, ou un ami. De plus, les violeurs sont très souvent des hommes «ordinaires» dont «on n’imaginerait jamais qu’ils puissent faire de mal à une mouche». Ce sont des personnes qui ont une influence sur leur entourage. Ce sont souvent des hommes qu’on écoute, qui peuvent être reconnus socialement, ou qui ont une place importante dans la famille. Lorsque ce sont par exemple des hommes politiques, des ecclésiastiques, des médecins, ou des hommes avec un poste à responsabilité, le prestige social et le pouvoir économique rajoutent encore des éléments à l’emprise qu’ils peuvent exercer. Toutefois, parler de complicité de l’entourage d’une manière générale est une question délicate. Il faut rappeler que la responsabilité de l’acte incombe à l’agresseur et à ceux et celles qui en retirent un bénéfice immédiat.
La complicité d’une grande frange de la société s’explique également par le sexisme de cette dernière et la banalisation des violences sexuelles. Elle s’explique par la confusion entretenue entre amour et violence, entre sexualité et violence notamment à travers le «fantasme du viol». La culture du viol de la société actuelle entretient l’idée que le consentement est superflu ou accessoire et c’est pourquoi il est important de rappeler que «céder n’est pas consentir». Mais l’absence de rupture des hommes eux-mêmes avec la violence et l’exercice de la domination explique aussi la complicité de la société envers les violeurs. Cette complicité est aussi l’expression d’une solidarité masculine, masculiniste, de classe et de race. Tant que les privilèges collectifs et individuels d’être un homme, et/ou d’être blanc, et/ou d’être hétérosexuel, et/ou d’être riche seront conservés, et que des hommes ne voudront pas rompre avec le sexisme et abandonner leurs privilèges, la complicité se maintiendra.

L'inceste ne figure pas toujours en tant que tel dans le code pénal des pays. Quelle est votre position à ce sujet?
Mélusine : Le viol, sous toutes ses formes (notamment les plus fréquentes, à savoir : l'inceste, la prostitution et le viol conjugal), devrait être considéré et traité par les lois nationales et internationales comme un acte de terrorisme et une torture physique et mental. Le fait qu'il soit commis d'une façon massive et systématiquement dirigée contre une catégorie précise d'être humains à des fins de déshumanisation devrait logiquement le placer dans la liste des crimes contre l'Humanité. Si ce n'est pas le cas, c'est uniquement parce que l'écrasante majorité des victimes de viol sont des femmes et des enfants, et que la culture patriarcale qui domine le monde est fondée sur la négation des femmes et des enfants en tant qu'êtres humains. En ce qui concerne plus précisément l'absence d'une définition de l'inceste dans le code pénal français (voir à ce titre la campagne du Collectif Féministe Contre le Viol), elle résulte aujourd'hui d'une volonté de la classe juridique et d'une grande partie de la classe politique qui préfère sacrifier la dignité humaine des victimes plutôt que d'égratigner l'impunité et les privilèges des agresseurs. Pourtant, l'inceste est une dictature dont l'objectif est la démolition programmée et calculée d'un enfant dont le statut d'être vivant est nié, au moyen du viols et d'autres formes de tortures physiques et/ou mentales, par un système familial établie et pérennisé consciemment et volontairement. Dorothée Dussy, anthropologue au CNRS, a rédigé un article très complet, argumenté et référencé à propos du traitement judiciaire des affaires d'inceste en France. Cet article intitulé Une justice masculiniste : le cas des affaires d'inceste, fait partie d'un ouvrage collectif qu'elle a coordonné : L'inceste, bilan des savoirs.

Viol-Secours : Tout d’abord, pour nous, c’est à chaque femme de décider, de manière autonome, si elle veut faire recours à la justice et nous l’accompagnons dans cette démarche lorsqu’elle le souhaite. En Suisse, l’inceste est inscrit dans le Code pénal à l’article 213. Toutefois, la difficulté de certains pays à inscrire l’inceste dans le Code Pénal peut résulter, selon nous, de l’impossibilité de faire rentrer le politique dans l’espace familial. La cellule familiale est encore aujourd’hui un espace considéré comme privé. Bien que toutes les statistiques montrent que la majorité des violences faites aux femmes se déroulent dans cet espace, dans les discours dominants, la famille est décrite comme un espace de sécurité, exempt de violences. Introduire l’inceste dans le code pénal, c’est en quelque sorte aller à l’encontre de cet idéal. D’autre part, il est important de préciser que la justice actuelle n’est pas neutre, elle est une justice masculiniste, raciste et de classe. Alors qu’il touche toutes les catégories sociales, l’inceste est souvent présenté comme le fait des groupes sociaux les plus pauvres. De plus, lors des enquêtes et des procès, la justice accorde souvent plus de crédit à la parole de l’agresseur, d’autant plus s’il est un notable influent, qu’à celle de la victime. Les femmes agressées se retrouvent souvent mises en accusation en raison de leur «réputation», leur parole étant mise en doute plutôt qu’accréditée. Avec la montée en puissance des concepts tel que le syndrome d’aliénation parentale (SAP) la parole de l’enfant est de plus en plus remise en question. Ce concept est de plus en plus mobilisé pour décrédibiliser les récits des filles et des garçons victimes d’inceste, avec comme argument qu’ils ou elles seraient sous influence de la mère, laquelle utiliserait l’enfant pour nuire au père.

Vous préconisez des solutions féministes collectives. Lesquelles?
Mélusine : L'existence et le travail accompli par des associations telles que le Collectif Féministe Contre le Viol (en France) et Viols-Secours en sont de bons exemples. Il faudrait que ces associations soient davantage reconnues et subventionnées, que leurs expertises soient prises en compte pour redéfinir les lois, les dispositifs publics d'aide aux victimes, le contenu des programmes éducatifs et scolaires ainsi que l'organisation des services de protection de l'enfance. Il faudrait une prise de conscience massive au sein de la population pour construire une véritable solidarité envers et entre les victimes et faire pression sur les gouvernements. Il faudrait aussi que les organisations et les personnes censées être progressistes rejoignent enfin notre combat au lieu d'en nier la dimension politique comme le font certaines.

Viol-Secours : De nombreuses solutions féministes collectives existent. A Viol-Secours, nous trouvons important d’avoir recours aux solutions collectives et pas seulement individuelles, comme par exemple l’autodéfense féministe, les manifestations ou les groupes non-mixtes afin de retrouver la solidarité féministe que le système sexiste cherche à casser. Les violences sexuelles sont des violences de genre qui touchent les femmes individuellement, mais également collectivement en ce qu’elles exercent un contrôle social important sur les femmes. Elles les placent dans une situation de victimes «potentielles»«parce qu’elles sont des femmes», les violences sexistes et sexuelles contrôlent les comportements. Les solutions collectives permettent également de casser la logique libérale et individualiste de la société actuelle, et de rompre avec l’isolement social que les agresseurs tentent d’imposer. Le partage des expériences avec d’autres femmes que l’action collective apporte est aussi un élément essentiel de la lutte féministe.

Ni silence ni pardon. L'inceste un viol institué, Jeanne Cordelier et Mélusine Vertelune, Editions Militantismes, 110 p.